Alerme Michel - Stratégie anglaise


Auteur : Alerme Michel
Ouvrage : Stratégie anglaise
Année : 1942

Lien de téléchargement : Alerme_Michel_-_Strategie_anglaise.zip

AVANT-PROPOS. A Waterloo, les soldats de Sa Gracieuse Majesté britannique ne formaient pas tout à fait la septième partie des troupes opposées à celles de Napoléon. Cela n'a nullement empêché l'Angleterre de s'attribuer les lauriers et le profit de la victoire, ni même d'en faire un de ses grands sujets d'orgueil ; de la commémorer à outrance ; de donner son nom, rien qu'à Londres, à une place, à un pont, à un parc, à un escalier, à une gare et à un quai, sans parler de plusieurs rues ; d'en lier le souvenir aux mirages des succès escomptés ; de revigorer les espoirs, à toute occasion, par la promesse d'un nouveau Waterloo. Qu'un général anglais ait pu décider de l'avenir de l’Europe, pour plus d'un siècle, en utilisant une majorité de combattants étrangers, n'était-ce pas là un symbole spécifique, le signe éclatant de la prédestination de la Grande-Bretagne à conduire les peuples, à les prendre en tutelle ? Soucieuse de conférer à ce symbole une valeur encore plus évidente, elle aurait pu se rappeler que le 18 juin 1815 s'étaient déroulées sur le plateau de Mont-Saint-Jean, non pas une mais deux batailles et que, si l'armée prussienne de Blücher avait gagné la seconde et emporté la décision, Wellington avait bel et bien perdu la première et compromis gravement les chances de son camp. L'Angleterre, magnanime, a préféré négliger ce détail. Quant à la victoire de la Marne, dont nous avons tendance à réclamer notre part, les critiques militaires d'outre-Manche affirment que la gloire en revient de droit à M. W. Churchill, qui aurait bouleversé, ni plus ni moins, le plan stratégique de l'Etat-major allemand en jetant quelques bataillons de la Royal Navy dans Ostende. Quitte à diminuer dans une certaine mesure le rôle déterminant de M. W. Churchill, ces critiques n'hésitent pas, il est vrai, à faire remarquer que nos adversaires ne laissaient point, à ce moment-là, de se montrer nerveux parce qu'ils craignaient de voir surgir soudain sur la ligne de jeu le petit corps expéditionnaire du maréchal French. En guise de conclusion, ils affirment qu'on ne connaît pas, dans toute l’Histoire, une bataille qui ait nécessité moins de combats proprement dits que celle-là. Ils n'ont pas tort de s'exprimer de la sorte s'ils en jugent d'après la conduite du corps French qui, n'ayant pas cru opportun d'intervenir en l'occurrence, a, quant à lui, trouvé le moyen de réduire au minimum les péripéties et les risques de la lutte. Il serait aisé de multiplier les exemples similaires, mais cette étude ne prétend nullement ironiser sur la haute idée que l'Angleterre se fait d'elle-même et sur les illusions qu'elle professe au sujet du rôle providentiel qui lui serait dévolu sur la planète. Un peuple a toujours raison d'être fier de lui et le peuple anglais en a le droit. Cette étude se propose simplement de montrer, à la lumière des événements, que la vieille stratégie du Royaume-Uni, infaillible pendant si longtemps, ne s'accorde plus aux conditions de guerre actuelles. Il apparaît qu'aucun des éléments qui fondèrent et assurèrent jadis la grandeur britannique n'a conservé dans le présent sa pleine valeur. Déjà la dernière guerre, encore qu'elle se soit terminée par une victoire anglaise et même, à proprement parler, par la victoire de la seule Angleterre, avait marqué la fin de la grande époque victorienne, apogée de la puissance britannique à travers le monde. Elle avait laissé entrevoir le desserrement des liens de l'Empire et inauguré l'ère de la rivalité anglo-américaine. Cette fois-ci le déclin s'affirme. Pour qui regarde les choses avec une entière liberté d'esprit, il ne saurait faire de doute, au point où en est arrivé le conflit auquel nous assistons, que le temps de l'hégémonie anglaise ne soit passé. Grandeur et décadence : l'Histoire abonde en accidents analogues. Sans remonter à des temps plus anciens, l'Espagne, au XVIIe siècle, la France, au XVIIIe, n'ont-elles point connu un sort identique ? La Grande-Bretagne proclame elle-même sa faiblesse en multipliant par le truchement de la B. B. C. ses appels à l'aide. Il est visible que sa stratégie de compensations multiples, entreprise aux dépens de la France et de quelques pays neutres, n’est qu’une stratégie d’expédients à laquelle recourt, faute de mieux, une nation déjà battue. Tout se passe comme si John Bull se hâtait de prendre des gages avec l’idée de les jeter dans la balance lors des futures négociations de paix et de récupérer, si possible, grâce aux territoires ravis à autrui, une part de ceux qu’il a perdu dans la bataille. En attendant, le gouvernement de Londres, désespérant de ramener la victoire sous ses drapeaux, s’efforce par habitude de provoquer la révolution sur le continent avec l'espoir de ressaisir ainsi ses privilèges et sa domination. Cependant, sur terre comme sur mer, les événements se précipitent dans un sens invariablement contraire aux intérêts britanniques. Jamais les armées allemandes, quand elles se sont mises en mouvement, n'ont marché aussi vite qu'en Russie et jamais plus vite, en Russie que ces derniers mois. La menace bolchevique qui pesait depuis des années sur l’Europe occidentale est désormais écartée. La France se doit de regarder les choses en face et d’en tirer la leçon. Il existe une grande Allemagne unitaire que rien ne saurait plus détruire, une Allemagne révolutionnaire au sens le plus élevé du mot. L'ancien ordre politique, économique et social, basé sur l'argent et le profit, se meurt de n'avoir pas réussi à assurer un rapport acceptable entre les forces spirituelles et matérielles. Une nation comme la nôtre a le devoir de prendre dans la nouvelle Europe une place digne de son génie, de ses ressources et de ses fastes. Puissance continentale, elle a des obligations certaines envers la communauté européenne. Dans les circonstances dramatiques qu'elle traverse, l'abstention et l'attentisme ne sauraient être que des façons détournées de prendre parti pour le passé contre l'avenir. Nous n'avons pas le droit de nous désintéresser d'un lendemain qui renouvellera l'Histoire. Une longue période de la vie des peuples est close. Lorsque les canons se seront tus, à l'heure du règlement des comptes, chacune des nations, belligérantes ou neutres, sera payée suivant l'importance de l'effort qu'elle aura consenti à faire pour la reconstruction européenne. Prenons garde que notre effort, qui aurait pu être si grand, si original et si fécond, ne soit alors regardé comme trop léger. Si jamais certains de nos compatriotes se sont égarés jusqu'à concevoir et même jusqu'à admettre que le chemin de la France dans le monde fût tracé par l'Angleterre, leur aberration ne saurait trouver dans les faits présents aucune excuse. Il n'est pour le démontrer que de rappeler les faits sans nulle passion mais avec la rigueur qui s'impose. Le livre que voici n'a pas d'autre ambition. ...

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